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La souris et les vers

Essai

Auteur : Alain

LA SOURIS ET LES VERS

Cet été, je vivais entre les pots en terre et les produits de traitement, dans la cabane de jardin au fond d’un potager. La nourriture épuisée m’avait poussé hors de ma remise. La froidure de fin l’automne testait ma jeune fourrure grise. Affronter cet environnement inconnu m’était insupportable. Chaque matin, trouver un gland ou une châtaigne devenait un peu plus difficile. Jusqu’au jour où je vis une large couverture posée sur le sol.

Cet hiver, je me suis installé dans un composteur, un vrai royaume. Je partage cet espace protégé avec de nombreux animaux, dont un de mon espèce : une jolie femelle souris. Nous découvrons ensemble les recoins de ce milieu, croisant çà et là des vers, collemboles et autres détritivores. La douce chaleur du sous-sol invite les hôtes à demeurer en paix.

Je n’avais jamais connu une telle abondance de nourriture. Périodiquement une ombre déverse sur nos têtes une montagne de légumes, bouts de fruits et divers aliments. Nos ventres pleins, nous avons le loisir de penser à notre descendance.

Des graines germent, je constate que la population des vers augmente rapidement. Ils envahissent maintenant toutes les couches de l’habitat, colonisent nos vivres, s’invitent dans notre nid. Ma compagne me reproche de tolérer leur présence et exprime avec angoisse un prochain départ avec nos enfants.

Ce matin à petits pas, j’ai remonté la grande galerie vers la surface. Sous un grand soleil, j’ai inspecté les abords et reconnu ma cabane de jardin. Elle accueillera notre famille, dès que le duvet recouvrira le corps fragile des petits.


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